La grille de mise en page

2026v2 Fondamentaux du graphisme

La grille de mise en page

La grille est un élément déterminant de la mise en page, permettant de structurer le format. Elle assure la lisibilité, renforce l’esthétique et crée une hiérarchie visuelle qui guide le regard du spectateur. Elle est incontournable pour les documents d’édition, numériques ou les formats de presse.

Mise en contexte

La grille de mise en page a été théorisée par le graphiste suisse Josef Müller-Brockmann dans les années 1960, notamment dans son ouvrage Grid Systems in Graphic Design, publié en 1981. Elle permet de découper le format dans sa largeur (et plus tard dans sa hauteur) en plusieurs parties égales, séparées par des espaces verticaux. L’usage des colonnes ainsi créées permet de travailler avec des zones proportionnelles entre elles, ce que l’œil du lecteur perçoit immédiatement.

L’importance du format

Le format

Au départ, il y a le format. Etant donné que le travail se fait en deux dimensions, le format est défini par la largeur et la longueur. Ce concept introduit une notion maîtresse en art graphique : la notion de limite. C’est à l’intérieur de cette zone que la mise en page prend forme. C’est sur cette surface que les éléments graphiques, comme la typographie, les illustrations ou les formes, vont être organisés et mis en scène. Comment les positionner dans cette surface ? La grille sert précisément à cela : elle fournit des repères de positionnement, à la fois entre les éléments et par rapport au format. En résumé, elle assure l’harmonie entre les parties et avec l’ensemble.

Une question de lisibilité

Déjà au XVe siècle, Gutenberg, le maître derrière l’invention des caractères métalliques mobiles, utilisait une grille. En effet, il scindait en deux colonnes sa fameuse B42, la Bible à 42 lignes.

La b42

Primordialement, il faut considérer la lisibilité du texte. Une ligne est constituée d’un certain nombre de signes, espace compris. Au-delà de 60 à 80 signes, la longueur devient trop importante et l’œil se décourage. Bien qu’elle ne soit pas la seule composante de la lisibilité, la grille, et donc l’agencement dans la page qu’elle sous-tend, contribue grandement à la lisibilité. Le retour à la ligne imprime un rythme à la lecture. Il opère des relances naturelles qui permettent de garder la concentration du lecteur. Mais ce n’est pas tout. Un pavé de texte composé en justification courte semble plus « digeste » que le même texte composé en justification longue. Jugez plutôt :

Le nombre de signes par lignes.

Les colonnes contribuent donc, en premier lieu à la lisibilité et au confort de lecture.

La circulation des blancs

La grille permet, par ces espaces entre chaque colonne, de faire circuler les blancs dans la page. On appelle cela des gouttières. Et cette respiration est cruciale, notamment lorsque la quantité de texte mise en page est importante. Les blancs segmentent l’information et permettent de faire respirer la page. Si l’on ajoute aux gouttières qui séparent les colonnes les sauts de lignes et sauts de paragraphes, on obtient naturellement une circulation des blancs qui rythme la page.

Les blancs

Sans respiration, pas de lisibilité donc pas de lecture. C’est comme en musique. Les silences sont nécessaires au rythme. Tout comme la lumière émerge de l’ombre, les blancs de la page s’équilibrent, se contrastent, s’opposent, dialoguent avec les masses. La grille offre une structure, une matrice à cette complémentarité qui ouvre la voie vers l’harmonie. Mais parlons un peu du rythme.

Le rythme, c’est la vie

Comme en musique, le rythme est un élément constitutif de la mise en page. C’est l’une de ses particules élémentaires.

Le contraste est la notion qui amène le rythme. Pour cela, il faut faire dialoguer les opposés. Le noir et le blanc, le chaud et le froid, le rapide et le lent. Mais qui dit rythme, dit aussi répétition, cycle et ordre. Car comme l’écrit si bien Adrien Frutiger, dans « l’Homme et ses signes », l’ordre est partout de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Aussi convient-il de s’en préoccuper, au minimum, voire de chercher à le maîtriser.

Or qu’est-ce que le rythme si ce n’est le rapport entre le fragment et le tout, entre la partie et la totalité ? On n’imagine pas une musique qui changerait huit fois de rythme. La même règle est vraie pour la mise en page : la grille qui est la trame du rythme ne doit pas être changée au gré de la mise en page, au risque que l’ensemble ne devienne épileptique. Mais allons plus loin : la grille, comme le tempo, est le cycle invisible qui sous-tend l’ensemble de la structure. Elle se divise proportionnellement, se marque ou ne se marque pas, se fusionne, se syncope, etc. Il est important de s’en souvenir lorsque l’on compose.

Un exemple de variation avec une grille trois colonnes :

Le rythme

Les mots en dessous de chaque composition sont une représentation rythmique de la lecture, compte tenu de l’importance de la masse dans la page et de sa proximité avec les autres masses. On peut faire un vrai parallèle, souvent établi par bien des graphistes / peintres / plasticiens comme Kandinsky, entre graphisme et musique. Une musicalité, sous l’aspect percussif, émerge alors et opère une synesthésie entre son et image. Cette approche par la musique permet bien de saisir ce qui est perçu dans une image de façon intuitive, instinctive, animale. La disposition des masses, leur importance, leur force, leur rapprochement, leur positionnement respectif et vis-à-vis de l’ensemble fait sens et s’adresse à nous. Elle s’adresse à nous avec toute la profondeur de sa polysémie. A nos sens, à notre esprit mais aussi à notre cœur et nos affects.

L’unité dans la variété

La grille est un élément déterminant dans la déclinaison d’une mise en page : site internet, magazine, livre, plaquette, etc. Tous les supports qui se déclinent sur plusieurs pages gagnent énormément à utiliser une grille de mise en page. Celle-ci permet de créer de la variété, de la surprise, de la nouveauté au gré des pages tout en assurant une cohérence générale. La grille assure des rapports de proportion toujours justes, ce qui n’est pas évident si l’on s’en passe.

Car comment positionner les éléments dans la page (papier ou écran, peu importe…) si on a devant soi une grande page blanche ? Le choix d’une structure et sa matérialisation sous la forme de repères de construction va permettre d’envisager la construction de la page d’une façon bien plus sereine. Voici quatre exemples de déclinaison à partir d’une grille très simple trois colonnes. Notez que l’on utilise les colonnes par une, deux ou trois, ce qui offre déjà beaucoup de possibilités.

Les colonnes

Sur une page blanche, comment positionner l’image et le texte ? Où les placer ? La grille propose des réponses, en offrant des possibilités qui ont toutes un avantage immense : quel que soit le choix retenu, la proportionnalité sera assurée. Et l’œil le voit, bien entendu ! Je ne parle pas de l’œil aguerri du graphiste mais bien de l’œil de « monsieur tout le monde ». L’œil sent la proportionnalité de façon intuitive. Car la proportionnalité est partout : dans l’architecture, dans nos fenêtres, dans les lattes de notre parquet, dans le cadran de nos montres, etc. Une grille est un terrain de jeu balisé offrant des possibilités multiples mais cohérentes du point de vue de leur proportionnalité.

Les types de grilles

Grille multi-colonnes

Grille multi-colonnes

Simple grille qui divise dans sa largeur. On trouve régulièrement des grilles de deux à douze colonnes. Quelques fois, seize colonnes, et plus rarement vingt-quatre. Voici une grille à cinq colonnes qui permet de positionner les contenus en gardant un rapport asymétrique de la page.

Grille superposée

Grille superposée

Superposition de 2 grilles, en général simples : 2, 3 ou 5 colonnes. Ici, une grille deux colonnes (en rose) se superpose à une grille trois colonnes (en vert). Cette superposition permet de créer des espaces, des réserves, des décrochés.

Grille modulaire

Grille modulaire

La grille modulaire est un découpage du format en plusieurs modules, en général rectangulaires. Ces modules sont ensuite utilisés par 1, 2, 3, 4, etc. Cette grille permet non seulement de segmenter le contenu dans la largeur mais aussi d’avoir des points de repères dans la hauteur de la page.

Le jargon

Les marges

Les marges


Les marges sont les espaces vides autour ou à l’intérieur d’un élément pour éviter que le contenu touche les bords.

Les colonnes

Les colonnes

Les colonnes structurent la page. Elles consistent en une division de l’espace utile (zone entre les marges) en espaces proportionnels.

Les fonds perdus

Les fonds perdus

Les fonds perdus sont une zone, en général de 3mm ou 5mm autour du document (ajouté au format fini donc), qui servent à garantir l’absence d’interruption des éléments graphiques au moment du massicotage.

Les gouttières

Les gouttières

Les gouttières sont les zones entre chaque colonne. Par leur espace, elles permettent la circulation du blanc dans la page et son aération.

Les lignes de force

Les lignes de force

Les lignes de force sont arbitrairement placées dans la page, de sorte à donner une dynamique à la mise en page par l’accrochage d’éléments sur cette ligne invisible.

La règle des tiers

La règle des tiers

Le découpage du format en trois dans la largeur et dans la hauteur donne des points (4 par page) à l’intersection de ces lignes qu’on appelle point de force. Ces points de force attirent naturellement le regard.

La règle des demis

La règle des demis

Le découpage en deux parties de la page horizontalement et verticalement donne des points de force au centre du format, attirant naturellement le regard.

Pour aller plus loin

> Grid Systems in Graphic Design, Josef Müller-Brockmann, 1981

> L’Homme et ses signes, Adrian Frutiger, 2000

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