Le style typographique international
Le style typographique international naît en Suisse dans les années 1940. Ce mouvement, à portée universelle, met l’accent sur la clarté et la simplicité. Chaque décision graphique a son importance, transformant chaque élément en un objet structurant.
Grands noms
Josef Müller-Brockmann, Herbert Matter, Richard-Paul Lohse, Max Bill, Armin Hofmann, Max Miedinger, Otl Aicher, Karl Gerstner, Walter Herdeg
Disciplines
Graphisme, peinture, collage, photomontage, impression typographique, sérigraphie
Galerie
















Contexte politique et social
Le style international est lié aux bouleversements politiques et sociaux de l’Europe. Les années 1930 sont marquées par l’instabilité. La société est témoin de la montée des régimes fascistes et autoritaires en Europe (Italie, Allemagne, Espagne), et de crises économiques, comme le krach de 1929. Ces événements rendent l’environnement artistique incertain. Les artistes recherchent alors des formes neutres et universelles, capables de transcender les divergences politiques et d’unir les peuples.
Ainsi, de nombreux architectes et designers européens, opposants aux régimes totalitaires, fuient ce contexte politique et trouvent refuge dans des pays comme la Suisse ou les Etats-Unis. Ils partagent leurs idées d’universalité depuis l’étranger. Ces migrations permettent le développement du mouvement à grande échelle, ce qui lui vaudra le nom de style typographique international ou de style suisse.
Le style international s’inscrit également dans un contexte de reconstruction et de modernisation après la Seconde Guerre mondiale. Les villes et les infrastructures détruites exigent de la rapidité et de l’efficacité dans la construction. Cela favorise la rationalisation des formes et l’usage de matériaux industriels (béton, acier, verre). Il incarne un projet sociopolitique de modernité, où la transparence et la fonctionnalité des formes visent à servir la collectivité plutôt que l’ornement individuel.
En ce sens, le style international est une réponse aux traumatismes politiques, mais également une affirmation de l’universalité face aux idéologies extrémistes. Ce modèle graphique restera dominant jusqu’à l’explosion du Pop Art des années 1960, qui entraîne progressivement l’abandon du minimalisme du style suisse.
Le style international en quelques dates
1919
Ouverture de l’école du Bauhaus à Weimar, en Allemagne, par Walter Gropius. On y enseigne l’architecture et les arts appliqués. Son influence a bouleversé le monde du design et de la conception d’objets.
1920 – 1930
La typographie va prendre une importance considérable sous l’impulsion des théories enseignées au Bauhaus.
1928
Jan Tschichold rédige ses théories sur la typographie dans l’ouvrage de référence « Die neue Typographie ».
1933
Fermeture de l’école du Bauhaus, sous la pression du régime nazi.
1935
Plusieurs graphistes allemands réfugiés, tels que Jan Tschichold, arrivent en Suisse à cause des prémices de la Seconde Guerre mondiale.
1936
Emil Ruder met au point une méthodologie fondée sur le gabarit modulaire et l’emploi des caractères linéales. Le style typographique international est né.
1939-1945
Seconde Guerre mondiale.
1953
Otl Aicher, Inge Scholl et Max Bill ouvrent l’école supérieure de design d’Ulm qui ambitionne de renouer avec l’héritage de l’école du Bauhaus. L’école a pour objectif de former des designers capables de façonner la société d’après-guerre.
1954
Max Miedinger crée Helvetica en Suisse. Cette police de caractères est devenue un symbole du style typographique international. Elle est par ailleurs utilisée pour la signalétique du métro de New York.
1958
Fondation du magazine trilingue « Neue Grafik / New Graphic Design / Graphisme actuel », par Josef Müller-Brockmann, Hans Neuburg, Richard Paul Lohse et Carlo Vivarelli. Il est considéré comme le porte-parole du mouvement du style suisse. La revue est publiée entre 1958 et 1965.
1965
Déclin progressif du style international. Il baisse en popularité.
1981
Josef Müller-Brockmann publie « Grid Systems in Graphic Design ».
Les principes du mouvement
Le style typographique international, ou style suisse, met l’accent sur la lisibilité et l’objectivité. Apparu vers 1945, le design suisse naît en réaction aux compositions chargées et décoratives de l’époque. En effet, ce mouvement artistique repose sur l’idée que chaque élément graphique a une raison d’être. Rien n’est laissé au hasard : tous les éléments servent une fonction claire (la forme suit la fonction). Ce mélange d’efficacité et de simplicité donne naissance à des créations à la fois esthétiques et pratiques.
Le style suisse se caractérise par une composition ordonnée. La typographie, au-delà de son rôle pour le texte, devient un élément à part du design. Elle est pensée comme un élément graphique structurant. La photographie, généralement en noir et blanc, est considérée comme une représentation plus directe de la réalité. Elle est alors de plus en plus utilisée pour créer un impact visuel puissant. Les couleurs sont limitées, mais les formes géométriques offrent une dimension universelle aux visuels. On observe aussi un intérêt pour la rigueur et la logique. Josef Müller-Brockmann s’appuie sur les mathématiques pour proposer une hiérarchie des informations : c’est ainsi que naît la grille de composition.
Le style international répond aux besoins d’une société en pleine mutation. Les publications suisses, comme le magazine Graphis (1944) et la revue Neue Grafik / New Graphic Design / Graphisme actuel, servent de relais majeur pour promouvoir ce mouvement.
Langage graphique
L’utilisation de la grille

La grille assure la cohérence d’ensemble, l’alignement précis des textes et images, et la stabilité visuelle.
La prédominance de la ligne

Les lignes servent à diriger l’œil du spectateur. Elles agissent comme un chemin visuel, donné par l’artiste.
Pour aller plus loin
> En savoir plus sur Josef Müller-Brockmann
> L’influence du style suisse (vidéo doublée automatiquement en français)



